Epoque : Grèce Antique, les Anciens
Qui ? Aristote fut élève de Platon. Il sera le précepteur du futur Alexandre le Grand. Puis il ouvre à Athènes sa propre école de philosophie.
Philosophie : Il réfute la théorie des idées de Platon, en affirmant que le sens est dans le réel, et non extérieur. Il élabore une théorie politique prônant la République, démocratie non corrompue, comme meilleur régime.
Bibliographie principale : Métaphysique, Ethique à Nicomaque, Politique, Constitution d’Athènes
En rapport : Platon
Nous vous présentons ici le dernier chapitre du II- Les Anciens de notre Cours de Philosophie. La partie traite de la philosophie politique des Anciens philosophe Grecs, en développant tout d’abord une description de la philosophie politique de la Cité grecque, puis la philosophie politique de Platon, puis celle d’Aristote.
Cette vision de la politique est précédée de l’explication des théories de la connaissance des deux philosophes, Platon et Aristote. Vous pouvez vous reporter au Sommaire du Cours de Philosophie.
Vous retrouverez tout d’abord la vidéo correspondante, et en dessous l’extrait complet du manuel imprimé du Cours de Philosophie. Vous pouvez télécharger cet extrait au format pdf ici : Aristote.
Aristote est un disciple de Platon. Il va réfuter deux des plus grands aspects de la pensée de ce dernier en établissant sa propre doctrine.
● Aristote rejette complètement le dualisme de Platon. Pour lui, il n’a y a qu’un seul monde, le monde sensible, qui est aussi intelligible. Selon Aristote, l’idée, l’essence de chaque chose se trouve dans la chose même. Il y a ainsi dans tout être deux éléments inséparables : sa matière (son expression concrète et particulière), et sa forme (son essence, son idée). Il y a cette chaise, particulière, mais son existence abrite aussi l’idée de chaise, idée qui peut être definie de façon universelle.
De sorte que l’homme, voyant chaque chose dans le monde sensible, serait capable d’en extraire l’essence. Les idées ne proviendraient donc pas d’un autre monde dans lequel on a deja vécu, mais de notre capacité de conceptualiser les choses que nous voyons. Il dit ainsi « Rien n’est dans l’intelligence qui ne provienne des sens. » Rien n’est inné, toutes les idéees s’acquièrent à partir du moment où nous rencontrons leur expression concrète, matérielle.
Dès lors, la seule chose innée est cette capacité de conceptualisation, qui nous différencie aussi des animaux. La première fois qu’un homme voit une chaise, il retient ses caractéristiques matérielles et formelles. En comparant différentes chaises entre elles, il finit par concevoir l’essence d’une chaise et saura reconnaître à présent toute chaise qu’il verrait.
Aristote refuse donc le rationalisme de Platon. Il se situe entre les sophistes et Platon. Les sophistes ont raison de dire que toute notre connaissance vient de la sensation, mais Platon a aussi raison de dire que la sensation ne suffit pas à constituer la science. Entre l’empirisme des sophistes pour lequel connaître c’est sentir et le rationalisme de Platon pour lequel connaître c’est contempler le monde intelligible en se détournant du sensible, Aristote affirme que connaitre c’est concevoir l’intelligible dans le sensible.
Cette absence de dualisme s’applique aussi chez Aristote à la dialéctique âme/corps. Pour lui, il n’y a pas de séparation à faire, nous sommes notre corps. La matière est informée ou animée par l’âme et, inversement, l’âme ne peut rien sans son corps.
● Aristote et la Politique
Concernant sa doctrine politique, Aristote réfute aussi Platon quant à l’incapacité du peuple. Il pense que la multitude, combinée aux sages, peut parvenir à distinguer le bien commun et agir en vue de lui. Contrairement à Platon, il ne pense pas que l’accumulation d’opinions différentes mène nécessairement à la tyrannie de l’opinion commune et ignorante, et donc à la guerre néfaste entre intérêts particuliers. Il pense qu’uni, le peuple s’élève et peut devenir plus intelligent, moins borné et ignorant que ne le croit Platon.
Toutefois, il admet que ceci ne soit pas encore réellement le cas pour Athènes. Cela l’amène à présenter sa classification des régimes selon deux critères : le nombre de personnes qui participent au gouvernement, et le caractère corrompu ou non du régime. Une république au sens large est ainsi un régime qui n’est pas corrompu (agit en vue du bien commun), quel que soit le nombre de gouvernants. Elle s’oppose au despotisme (agit en vue des intérêts particuliers, corrompu). Une république au sens strict est une démocratie (gouvernement de tous) qui agit en vue du bien commun.
On obtient alors le tableau suivant, très connu et souvent repris :
La question en politique qui continue à se poser est celle qui se pose durant toute la pré-modernité : Quel est le meilleur régime ? Comment y parvenir ?
Pour Aristote, le meilleur régime est celui en haut à droite : le gouvernement de tous en vue du bien commun (non corrompu); la République au sens strict.
Il pense que dans la ligne du bas, entre despotismes, tous se valent. Toutefois, les deux moyens les plus proches pour atteindre la République, sont soit l’aristocratie, soit la démocratie. Ainsi, la question qui se pose est, une fois dans un de ces deux régimes, comment passer à la République ?
Il faudrait un élément qui soudainement fédère le peuple, l’unisse, le rendant bon, ce qui le ferait alors agir en vue du bien commun.