Communauté du Cours de Philosophie

Elections présidentielles 2012 : Hobbes vs Rousseau ?

 

Le débat Hobbes / Rousseau est-il pertinent pour comprendre le duel présidentiel Sarkozy / Hollande? Telle est la question à laquelle Philosophie Magazine nous propose de réfléchir en ce mois d’avril, à 10 jours des élections.

Hobbes

Pour Hobbes, l’homme est un être désirant et animé par la vanité. C’est ainsi que les hommes sont enclins « à s’attaquer et à se détruire les uns les autres. » A l’état de nature, les hommes vivent sous la menace permanente de la mort violente. Cette peur d’être attaqué par les autres détruit toute possibilité de prospérité et de progrès. Aucune vie en société n’est donc possible sans un pouvoir autoritaire qui empêche la guerre de tous contre tous. Poussés par la peur, les individus deviennent assez raisonnables, selon Hobbes, pour instaurer un pouvoir central souverain chargé de faire régner l’ordre et la sécurité. En retour chacun renonce à son droit de nature. Protecto ergo obligo : tel est le cogito du Leviathan. Le pouvoir souverain est absolu mais il propose en échange de l’obéissance la protection contre la violence.

Hobbes écrit : « Nul n’a la liberté de résister au glaive de l’État pour défendre un autre, qu’il soit coupable ou innocent, parce qu’une liberté semblable prive le souverain des moyens de nous protéger et détruit, par conséquent l’essence même du gouvernement. » Le sacrifice de la liberté individuelle est donc le prix à payer pour la sécurité.

Convaincu que « l’homme est un loup pour l’homme » Hobbes a donc imaginé un État-Léviathan qui fasse peur aux hommes pour éviter le retour à « la guerre de tous contre tous », qui caractérise selon lui l’état de nature.

Rousseau

Rousseau, de son côté, défendait au contraire une bonté naturelle originelle, corrompue par la société et appelée à être réactivée par un « contrat social ». Déjà, dans le Discours sur les sciences et les arts (1750) montrait que la corruption des mœurs accompagne toujours le développement des sciences et des arts. Autrement dit, le luxe nourrit les inégalités et détourne les hommes de leur devoir. Il écrit : « on a de tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens ». Le luxe prend racine dans une société lorsque les citoyens donnent libre cours à leurs désirs individuels de confort et de richesses. Ces désirs créent des inégalités entre les citoyens en plus d’affaiblir leur dévouement au bien commun.

Quelles limites faudrait-il alors fixer au luxe ? La réponse de Rousseau est que « tout est source de mal au-delà du nécessaire physique. La nature ne nous donne que trop de besoins ; et c’est au moins une très haute imprudence de les multiplier sans nécessité, et de mettre ainsi son âme dans une plus grande dépendance ». Par conséquent, selon lui : « l’une des fonctions les plus importantes du gouvernement est de prévenir l’extrême inégalité des fortunes. » Les impôts doivent être conçus de manière à construire une société juste à travers l’éradication de la consommation superflue.

Or, il est bien vrai que Nicolas Sarkozy est proche de la philosophie autoritaire de Hobbes, là où François Hollande rejoint l’aspiration égalitariste de Rousseau. Vu sous cet angle, le débat, en apparence atone, de la présidentielle prend un relief tout à fait inattendu.

Mais on peut même aller plus loin, n’est-ce pas au fond le duel droite/gauche dont il est question à travers ce débat Hobbes/Rousseau ? N’est-ce pas, à des degrés divers, toute la droite française qui serait hobbesienne, tandis que la gauche serait rousseauiste, écologistes compris ? A chacun d’en juger.

Profitez dès maintenant de notre Manuel de Philosophie, commandez-le sur notre boutique sécuriséeboutique sécurisée