Descartes

Les Méditations métaphysiques de Descartes ou l’émergence d’une philosophie de la subjectivité


Voici un extrait du Supplément de Culture Générale du Cours de Philosophie.
Il fait partie de la sixième partie de ce Supplément, VI.Les figures du moi et la question du sujet depuis la Renaissance.


Descartes est convaincu du désaveu de la science antique et médiévale par la science moderne. Elle substitue au cosmos hiérarchisé et finalisé des grecs, un monde infini qui n’a plus ni ordre ni centre. D’autre part la réalité même n’est plus celle de notre perception commune, constituée de qualités et de formes, elle se réduit à l’étendue géométrique constituée de longueur, largeur et profondeur et aux lois de la mécanique. Selon Descartes, l’erreur de l’ancienne physique fut de croire que le monde est tel que nous le voyons dans la perception sensible. Du coup la métaphysique d’Aristote tombe sous le coup de la critique scientifique car elle procède elle aussi à partir de l’expérience commune.

Cependant Descartes croit en Dieu, il sait que sa foi contient des vérités métaphysiques : l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu ; et il veut mettre son savoir au service de sa foi. Or la nouvelle physique a détruit les bases mêmes des preuves traditionnelles de Dieu. Comment donc éviter que la science donne des arguments à l’incrédulité ? Peut-on trouver pour la métaphysique un domaine inaccessible à la critique scientifique ?
La solution proprement cartésienne à ce problème sera de faire retour vers l’intériorité, la conscience, l’âme ou l’esprit. L’expérience du cogito devient le refuge de la métaphysique et son domaine propre. C’est donc à partir du cogito qu’il faut chercher Dieu et non à partir du monde. Dès lors la métaphysique ne sera plus une philosophie de la substance sensible (ontologie) mais une philosophie du sujet ou de l’esprit, seule substance qui échappe à la science.

Toute la philosophie de Descartes repose donc sur la distinction entre l’homme et la nature, entre la pensée et la matière, entre la res cogitans et de la res extensa. C’est le dualisme qui permet de faire de la nature un objet entièrement réductible à la physique et à la technique. Du coup le sujet humain devient l’objet principal de sa métaphysique.

Dans les Méditations Métaphysiques, nous assistons dans un premier temps à la découverte du cogito, c’est-à-dire de mon existence en tant que pensée, seule parcelle d’être que le doute ne peut attaquer. Cette découverte n’est pas une déduction mais l’évidence ou l’intuition que la pensée a de son existence. Cette certitude sera le point de départ de la philosophie.

Dans un second temps, Descartes s’interroge sur la nature de cet existant qu’il vient de découvrir. C’est une substance, c’est-à-dire, au sens strict, « une chose qui existe en telle façon qu’elle n’a besoin que de soi-même pour exister ». Cette substance a pour attribut essentiel (le caractère qui lui appartient en propre) la pensée.

Ce qui nous intéresse ici, c’est le fait que Descartes pose la substance pensante, qu’en langage moderne on appelle le sujet, dans sa distinction radicale d’avec le corps ou la matière. Là est le point important où se situe sans doute la grande rupture dans la pensée occidentale. Il pose dans un même mouvement l’homme comme sujet pensant et la nature comme pure étendue géométrique. En effet, si la pensée est l’attribut essentiel du sujet, l’étendue sera celui des corps. Cette extension n’est rien d’autre que l’espace géométrique, infini en grandeur comme en petitesse. C’est un changement capital qui, d’une part, permet de concevoir le monde mathématiquement (donc rationnellement), et d’autre part, conduit à rejeter la représentation aristotélicienne d’un monde qualitatif, finalisé et hiérarchisé.