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Machiavel : il vaut mieux être aimé, ou craint ?

 

Voici un commentaire de texte gratuit de Machiavel. Une analyse complète de sa pensée se trouve dans notre Manuel de Philosophie, en lien avec le thème de l’émergence de l’Etat et de la philosophie politique. Cet extrait tiré du Prince, discute d’une question importante pour tout tyran, homme politique, ou même directeur/manager, toute personne exerçant une relation d’autorité : vaut-il mieux être aimé par ses sujets, ou craint ? Qu’est-ce qui, au final, est plus efficace ?

L’extrait de texte

“De là naît une dispute : s’il vaut mieux être aimé que craint, ou l’inverse. La réponse est qu’il faudrait l’un et l’autre, mais comme il est difficile d’accorder les deux, il est bien plus sûr d’être craint qu’aimé, si l’on devait se passer de l’un d’eux. Au sujet des hommes, on peut en effet énoncer cette généralité : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, lâches devant le danger, cupides devant le gain ; lorsque tu contribues à leur bien, ils sont tout à toi, il t’offrent leur sang, ce qu’ils possèdent, leur vie, leur progéniture, comme je l’ai dit plus haut, tout cela lorsque le danger est loin. Mais lorsqu’il s’approche, ils font volte-face. Le prince qui s’est entièrement fondé sur leurs paroles se trouve alors entièrement dépourvu et s’effondre. Car les amitiés que l’on achète contre monnaie sonnante plutôt que par la grandeur et par la noblesse d’âme, on les paie mais on ne les possède pas, et on ne peut les dépenser quand on en a besoin.

Et les hommes éprouvent moins d’hésitation à nuire à quelqu’un qui se fait aimer qu’à quelqu’un qui se fait craindre – car l’amour est sous-tendu par un lien d’obligation qui du fait de la méchanceté des hommes est rompu à la moindre occasion, où ils voient leur profit personnel, tandis que la crainte est sous-tendue par une telle peur du châtiment qu’elle ne te fera jamais défaut. Cependant, le prince doit se faire craindre de telle façon que s’il ne peut obtenir l’amour, il échappe à la haine ; en effet, être craint et n’être pas haï peuvent très bien aller ensemble et le prince y parviendra toujours s’il s’abstient de s’en prendre aux biens de ses concitoyens et de ses sujets ainsi qu’à leur épouse. ”

Machiavel, Le Prince

Le commentaire

Toute la réflexion et la conclusion de cet extrait tient en une phrase : “Mais lorsqu’il s’approche [le danger], ils font volte-face.

Si un dirigeant est aimé, il va susciter des grandeurs, il va inciter ses sujets ou subordonnés à se dépasser, à tout faire pour le bien-être du royaume et du souverain, du pays, ou encore de l’entreprise. Mais, et tout est là, uniquement tant que leur situation personnelle sera sauve. Au signe de danger, et bien de danger personnel, pour leur vie propre ou leur confort, tous ces hommes qui aiment leur souverain vont faire “volte-face”, par la peur, et n’hésiteront pas à trahir. Tandis que la crainte de leur souverain, tant qu’elle est plus importante que la crainte du danger, les empêchera de trahir et assurera leur soumission au prince. Si le prince est un tyran, il peut être sûr que presque toujours, le danger extérieur sera moins effrayant que son autorité, il sera donc respecté.

Mais n’oublions pas ces deux phrases : “La réponse est qu’il faudrait l’un et l’autre” et “le prince doit se faire craindre de telle façon que s’il ne peut obtenir l’amour, il échappe à la haine”. En effet, le mieux est d’être aimé et craint, et s’il ne peut être aimé, que ses sujets ont donc peur de lui, il faut absolument échapper à ce qu’il le haïssent : le prince doit rester dans le cadre de certaines limites (respecter la propriété privé des citoyens et leur épouse) pour ne surtout pas être haï, ce qui détruirait encore plus rapidement son autorité.

A vous de réfléchir, ces questions sont-elles encore d’actualité ? Comment l’insérer dans une réflexion sur la démocratie, sur la justice, le principe du châtiment (prison) ? Peut-on s’en inspirer pour commenter l’actualité, par exemples les mouvements de contestation dans le monde arabe, que les journalistes ont appelé le “printemps arabe” ?

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