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Averroès : réconcilier philosophie et religion

 

Nous vous présentons biographie d’Averroès et une synthèse de sa pensée, très influente en occident.

La vie d’Averroès

Averroès est né à Cordoue, en Andalousie en 1126. C’était un philosophe, juriste, théologien, mais également un médecin musulman. Son nom musulman est  Abu ’l-Walid Muhammad ibn Rouchd de Cordoue.

Il fait partie d’une famille de cadis (juges musulmans et notaires en même temps). Son grand-père Ibn Ruchd al-Gadd, également cadi de Cordoue, est un écrivain connu dont l’œuvre, qui se compose d’une vingtaine de volumes, se trouve à la Bibliothèque royale du Maroc. La jurisprudence islamique est le sujet de son œuvre.

Averroès suit une éducation classique comme il était courant à cette époque. Elle se fera par des maîtres particuliers. La formation commença par l’étude du Coran qu’il dû apprendre par cœur. Il étudia également la poésie, la grammaire, l’écriture et les bases du calcul. Il apprendra le hadîth et le fiqh avec son père. Le hadîth est l’ensemble des traditions qui concernent les actes et les paroles de Mahomet. Le fiqh est un droit musulman regroupant les opinions des juristes de l’islam sur les limites que les musulmans ne doivent pas dépasser. Une fois une solide formation religieuse acquise, il commença l’étude de la philosophie et des sciences. Il va ainsi étudier la physique, la médecine, l’astronomie. Celles-ci étaient considérées à cette époque comme des sciences profanes. Averroès est un homme passionné par la religion, la philosophie antique et la nature.

Averroès, après avoir étudié la médecine sous Avenzoar (médecin musulman), sera le médecin de la cour almohade (dynastie musulmane berbère). Mais il préférait la théorie à la pratique. Il est nommé médecin particulier d’Abu Yaqûb Yûsuf (émir almohade 1163-1184) en 1182 à Marrakech. Il semblerait qu’à l’occasion de cette rencontre, l’émir lui demanda de faire le commentaire de l’œuvre du philosophe Aristote. En se servant de plusieurs traductions, de sa connaissance de l’œuvre elle-même, des principes de la non-contradiction, il va s’apercevoir d’erreurs notamment au niveau de la traduction ainsi que des rajouts et quelques lacunes. Les Abrégés, les Moyens et les Grands sont trois commentaires qu’il a écrits. Il sera considéré comme l’un des plus fideles commentateurs aristotéliciens du Moyen Âge.

En 1188-1189, le calife Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr interdit les livres, les études et la philosophie, tout comme le métier de chanteur et de musicien. Cette époque est marquée par la guerre sainte contre les chrétiens ainsi que des révoltes dans le Maghreb central. En 1195, Averroès étant suspecté d’être un philosophe, les oulémas (théologiens) initient une campagne d’opinion ayant pout but de saper son titre de cadi. Alors, le calife Al-Mansur cède à cette pression et renonce à ses intellectuels.

C’est à Lucena qu’Averroès va s’exiler en 1197. Lucena est une petite ville d’Andalousie, avec une majorité de Juifs. Depuis l’interdiction de toute religion autre que l’islam par les Almohades, Lucena est en plein déclin. Averroès y vivra caché, clandestin et pauvre. L’exil d’Averroès ne va durer qu’un an et demi. En effet, il va être rappelé au Maroc. Il ne récupérera pas ses fonctions, mais recevra le pardon du sultan. Sans être réparti en Andalousie, il mourut à la fin de l’année 1198 à Marrakech. Son décès sera suivit peu de temps après par celui d’Al-Mansur. La décadence de l’empire almohade s’en suivra.

Ayant été suspecté d’hérésie (opinion religieuse « fausse », en désarccord avec la théologie dominante), son œuvre ne sera pas diffusée en terre d’islam. Sa philosophie sera développée et enseignée dans des universités occidentales au Moyen Âge. Ce sont les traducteurs juifs qui sauveront une partie de son œuvre.

Il restera un mathématicien, un médecin et surtout l’un des plus grands penseurs que l’Espagne musulmane ait connus. En voulant séparer la religion et la science sur la base des œuvres d’Aristote, il va s’attirer la réprobation des musulmans traditionalistes. En effet, la plupart des théologiens et des croyants ne partage pas sa position. Il trouvera par contre un écho en Occident. Il expliquera dans Le Traité décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie  sa difficulté de concilier philosophie et religion.

Les doctrines philosophiques d’Averroès provoqueront de nombreux débats dans le monde chrétien entraînant autant d’opposants que de disciples. Ces principes seront d’ailleurs condamnés par l’Eglise en 1240 et en 1513, car estimés trop dangereux. Cela démontre la grande influence de ce philosophe en Occident.

La philosophie d’Averroès

Averroès base sa philosophie sur trois thèses :

  • L’obligation de la raison et donc de la philosophie : pour lui, le musulman qui ne se sert pas de la raison donnée par Dieu commet un sacrilège.
  • L’unité de la vérité : la foi et la raison sont les deux méthodes pour arriver à une seule vérité.
  • Il faut interpréter le Coran et trouver le sens caché pour prouver la comptabilité entre la religion et la raison.

La science et la foi ne s’excluent pas l’une l’autre, mais elles nous aident à rechercher une même vérité. Le message de Dieu ainsi que ses œuvres peuvent être compris à la fois grâce à la foi et la science.

Le vrai ne peut pas s’opposer au vrai. Par conséquent, la philosophie ne s’oppose pas à la religion et au contraire, elles doivent s’harmoniser. Averroès se heurtera donc à la difficulté de concilier la philosophie avec la religion. Il l’expliquera d’ailleurs dans Le traité décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie. Cette position ne sera pas acceptée par la majorité des croyants et des théologiens. Il subit alors la critique des oulémas (spécialistes de la connaissance religieuse).

Al-Ghazali, penseur musulman d’origine perse, dénonça la philosophie comme sacrilège dans un livre qu’il écrivit, L’incohérence des philosophes. Le déclin de la philosophie grecque dans le monde islamique sera provoqué en partie par ce livre. Celui-ci est une référence pour le mysticisme musulman à l’époque d’Averroès. Averroès le critiqua un siècle plus tard, notamment en écrivant L’incohérence de l’incohérence des philosophes. Il assigne un rôle bien déterminé à la philosophie qui, selon lui, doit accompagner la religion.

Averroès influença de nombreux philosophes et religieux comme Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Agostino Nifo, Dante et bien d’autres.

Les principales œuvres d’Averroès :

Commentaire sur la métaphysique d’Aristote

Traité décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie

Découverte des méthodes démonstratives concernant les dogmes religieux

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