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Bacon : l'empirisme

 

Nous vous présentons ici la vie de Francis Bacon, et une synthèse des apports de son oeuvre liée à la fondation de l’empirisme.

La biographie de Francis Bacon

Nul n’est parfait ! A l’impossible, nul n’est tenu ! Voila deux proverbes pour le moins véridiques – dans ce cas précis – dont on peut faire usage pour expliquer la vie quelques fois mouvementée de Francis Bacon.

Né le 22 janvier 1561, Francis Bacon est le fils de Sir Nicholas Bacon, Lord Garde du Grand Sceau, et d’Anne Cook. Si l’on ne sait pas grand chose de son enfance, il est de notoriété publique que le futur philosophe fit très vite preuve d’une très grande vivacité d’esprit. En avril 1573, à l’âge de 12 ans, il entre à l’université de Cambridge. Son penchant scientifique est évident et il souhaite déjà reformer de nombreux d’aspects. À l’âge de seulement 16 ans, il écrit un ouvrage où il s’oppose totalement à la philosophie d’Aristote. Il quittera pendant un temps la pratique des sciences pour voyager. Il se rend en France, à la cour d’Henri III, avec Amias Paulet, qui n’est autre que l’ambassadeur d’Angleterre.

Il est dans l’obligation de mettre un terme à son voyage pour rentrer de toute urgence en Angleterre à la mort de son père. Entre temps, il rédige un traité sur l’Europe et commence des études de droit. Il a alors 19 ans.

En 1593, il se noue d’amitié avec le comte d’Essex, favori d’Élisabeth Ire d’Angleterre. Celui-ci lui accorde même des terres. Cependant, Francis Bacon démontrera un comportement sans scrupule et un cynisme incomparable. Après avoir été le protégé du comte d’Essex, il n’hésite pas à comploter contre lui et obtenir même sa condamnation. Il parviendra en très peu de temps à cumuler des titres et richesses. Ainsi, il devient membre de la Chambre des commune, conseiller de la Reine – titre qu’il obtiendra en guise de remerciement pour avoir trahi le comte – solliciteur général (sous Jacques Ier), attorney général, membre du conseil privé, garde des Sceaux et enfin grand chancelier. En outre, il obtient les titres de Baron de Verulam et Vicomte de Saint-Albans.

Son manque de scrupules et son élasticité de caractère ne sont pas du tout bien vus à la cour et personne ne lui fait vraiment confiance. Mieux, il s’attire de nombreux ennemis très puissants, parmi lesquels les amis du défunt comte d’Essex. Sentant ses positions faiblir, il décide de se chercher des protecteurs. Une fois de plus, il se rapproche du favori du souverain. Il s’agit cette fois de George Villiers, duc de Buckingham. C’est ce rapprochement qui mit définitivement fin à sa carrière. En effet, pour rester dans les bonnes grâces de ce dernier, il n’hésitait pas l’aider dans toutes ses malversations. On peut citer ici l’établissement de nouvelle taxes, la vente de privilèges, et même la dissolution de plusieurs parlements. Bacon avait, certes, beaucoup d’adversaires, mais le duc en avait plus. Faute d’atteindre le favori du roi, on s’en prit à lui.

En 1621, il est accusé de corruption et condamné. Il perd sa fortune, ses titres, est exclu de toutes ses fonctions et doit par ailleurs payer une amende de 40 000 livres. C’est le début de la fin. La même année, il sera réhabilité par le roi et ses fautes lui seront pardonnées. Il essayera de revenir au-devant de la scène. Cependant, n’ayant jamais été aimé par le public pour des raisons évidentes, cette entrée en disgrâce sonne définitivement le glas de sa carrière politique. Fatigué et ruiné, il décide de se consacrer à ses écrits philosophiques et reprendre ses expériences scientifiques. Après des expériences de physique assez frénétiques, il tombe malade. Sir Francis Bacon décède le 9 avril 1626.

Durant son exil forcé, il sera particulièrement prolifique d’un point de vue philosophique et même scientifique. On lui doit notamment la rédaction de l’Instauratio magna qui comporte le De dignitate et augmentis scientiarum et le Novum orgnum sive indicia vera interpretatione naturae. Malgré un caractère cynique qui aura finalement eu des conséquences négatives sur sa carrière politique, Francis Bacon s’est illustré comme un scientifique et philosophe de génie. Il est à la base de la pensée scientifique moderne, un des précurseurs de l’empirisme. Il aura influencé des savants et philosophes tels que René Descartes, Auguste Comte et Denis Diderot.

Francis Bacon et la méthode expérimentale

Si les talents scientifiques de Francis Bacon ne sauraient être remis en cause, certains peuvent se poser la question de savoir en quoi son génie philosophique s’est manifesté. Il convient pour le comprendre de se souvenir que pendant très longtemps la scolastique préconisée par Aristote fut la pensée philosophique maîtresse en Europe. D’après la vision d’Aristote, on ne peut étudier qu’en se référant au cosmos. La nécessité d’une expérience est inutile dès lors que toutes les réponses sont déjà autour de nous et qu’il faut juste avoir assez de raison pour les comprendre. Nul besoin d’effectuer des expériences, car une fois qu’on est parvenu à comprendre le fond des choses et qu’on a établi la théorie cohérente, on peut considérer ce savoir comme vrai. Tout savoir se doit juste d’être rationnel.
La vision de Bacon est totalement différente et elle oppose au rationalisme béat, l’importance d’une démonstration soutenue qui ne peut passer que par l’expérience. Cela signifie que pour qu’une connaissance soit véritablement acceptée comme telle, le « bagage intellectuel » des anciens ne doit pas servir de base. Au départ, on a une idée théorique qui doit être vérifiée et étudiée de manière pratique. Il ne s’agit pas tant de confirmer ou réfuter une hypothèse. Le but véritable de l’expérience vise au contraire à l’étudier sous tous ses angles. Cette démarche expérimentale permet de parvenir à un résultat clair, honnête et ne souffrant d’aucune ambiguïté. Certains scientifiques, à l’instar de Galilée, critiqueront plus tard Bacon, estimant sa méthode assez inerte. Cependant, force est de constater que l’on doit au moins à Bacon le recul évident de la pensée scholastique et le début d’un raisonnement scientifique enfin soutenu ; fondé sur l’empirisme. Il exprimera clairement sa vision :

« Celui qui donne un bon conseil, construit d’une main, celui qui conseille et donne l’exemple, à deux mains; mais celui qui donne de bonnes leçons et un mauvais exemple construit d’une main et détruit de l’autre. »

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