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Epictète : un esclave affranchi

 

Voici la biographie d’Epictète, un esclave devenu philosophe. Vous retrouverez ensuite les éléments principaux de sa pensée et son oeuvre, Le Manuel.

La vie d’Epictète

Epictète est un philosophe grec de l’école stoïcienne. Epictète signifie esclave, serviteur en grec. N’étant pas un nom propre, on ignore quel fut le véritable nom d’Epictète.

Il est né à Hiérapolis en Phrygie, au début du premier siècle de notre ère.

Après avoir été conduit à Rome sous le règne de Néron, il fut l’esclave d’Epaphrodite  (affranchi de l’empereur) pendant toute son enfance. Son maître a la réputation d’avoir été un tyran avec Epictète. Une anecdote veut qu’Epaphrodite fasse torturer Epictète. Celui-ci aurait prévenu son maitre  qu’il allait finir par lui casser la jambe. La torture continua malgré tout jusqu’à ce qu’Epictète finisse par dire que  la jambe était cassée. Il resta boiteux toute sa vie et on le surnomma : « Epictète, le boiteux ».

La vie que doit subir cet homme est si dure qu’il se trouve dans la nécessité de choisir entre se laisser abattre ou résister et trouver une raison de vivre. Il choisit la seconde option et apprend à s’élever au-dessus de ses malheurs et sa souffrance. Placer la liberté morale avant l’affranchissement physique semble être le credo d’Epictète. Il méprise la mort sans pour autant mépriser la vie, car il croit à la providence.

C’est une attitude typiquement stoïcienne qui correspond aux enseignements des philosophes comme Caton, Zenon de Tarse, Panaetius, Posidonius et bien d’autres philosophes stoïciens qui vécurent quelques siècles avant Epictète. Bien que n’ayant pas de confirmation à ce sujet, l’attitude d’Epictète peut laisser croire qu’il a pu suivre pendant sa captivité des cours de Gaius Musonius Rufus, philosophe stoïcien. Plus tard, probablement à la mort de son maître, il fut affranchi et il commença à étudier la philosophie et principalement le stoïcisme.

En 89 ou 94, on n’est pas sûr de la date, il a dû quitter Rome suite à un édit de bannissement des philosophes, décidé par l’empereur Domitien. Celui-ci, en effet, n’acceptait pas le stoïcisme qui s’opposait à la tyrannie qu’il avait instaurée.

Epictète va alors vivre à Nicopolis d’Epire (cité grecque fondée par Auguste).

Avec sa femme et un enfant qu’il adoptera, il va avoir une vie très pauvre.

A Nicopolis, il va ouvrir et diriger une école stoïcienne qui va connaître un grand succès auprès de nombreux disciples. Il y prodiguera un enseignement stoïcien pendant plusieurs années. Le succès de l’enseignement du philosophe vient certainement du fait qu’il ne prodiguait pas de cours dans le sens le plus commun.  Ses cours sont donnés sous forme de remises en question et de discussions. Il s’agit davantage de leçons de vie. Epictète expliquait à tous ceux qui venaient l’écouter comment vivre pour être heureux.

N’ayant pas eu la chance de faire de grandes études, Epictète transmettait son savoir de la manière la plus simple qu’il soit. Selon Emile Bréhier (historien français et philosophe), le cours type que donnait Epictète débutait par une leçon technique. C’était un commentaire de texte écrit par Zénon ou Chrysippe. Dans la plupart des cas, un auditeur posait une question et Epictète improvisait. Sa réponse était souvent imagée et il se servait de l’ironie et de l’indignation pour répondre à ses auditeurs.

L’un de ses disciples, Arrien, recueillera les propos d’Epictète à travers plusieurs ouvrages, car celui-ci n’a laissé aucun écrit comme beaucoup de philosophes de l’Antiquité. Parmi ces ouvrages, Le Manuel et Les Entretiens, sont des résumés de la doctrine d’Epictète sous formes d’aphorismes (pensées qui autorisent et amènent à d’autres pensées).

Selon Spartianus (écrivain de la Rome antique), Epictète, après avoir enseigné de longues années, serait revenu à Rome où il devint très proche de l’empereur Hadrien, mais cela n’est pas certain.

Comme de nombreux philosophes et écrivains tant de la Grèce que de la Rome antique, on ne sait que très peu de la vie d’Epictète. Selon l’encyclopédie grecque de la fin du dix-neuvième siècle nommée La Souda, Epictète aurait vécu jusqu’au règne de Marc-Aurèle, empereur romain. Selon le grammairien romain Aulu-Gelle, Epictète aurait déjà été mort quand Marc-Aurèle arriva au pouvoir. Epictète serait donc mort entre 125 et 130 ap. J.-C.

Epictète, avec Sénèque et Marc-Aurèle, sont les derniers représentants célèbres du stoïcisme développé à Rome dans les deux premiers siècles de notre ère. Ils font donc partis de ce que l’on appelle le « stoïcisme tardif ».

 Epictète et le stoïcisme

La philosophie d’Epictète est basée sur la façon de vivre sa vie. C’est un philosophe stoïcien, donc selon lui, il ne faut pas se laisser affecter par les aléas de la vie, pour ne pas en souffrir. Le bonheur et la sagesse dépendent de soi-même et non des choses extérieures. Il fait une distinction entre les choses qui dépendent de nous et qu’il considère comme « libres » et les choses qui ne dépendent pas de nous, « étrangères ». La sagesse consiste donc dans un premier temps à distinguer correctement les deux catégories de choses. Ensuite, pour atteindre le bonheur, il faut renoncer à toute illusion que l’on se fait sur le monde extérieur. Alors, on deviendra libres, on obtiendra la paix de l’âme et on sera ainsi heureux.

Epictète qui fut esclave, prit cela comme un état de fait, l’accepta et ne tenta pas de se révolter. C’était la Nature qui en avait décidé ainsi. Il pensait que si l’on souffrait, c’était de notre faute. Parce que l’on est esclave de nos opinions et que personne n’est responsable du mal qui nous arrive. « Supporte et abstiens-toi » était la devise d’Epictète. Selon la pensée stoïcienne, l’esclavage, la pauvreté et la mort doivent nous laisser indifférents. Un sage doit être impassible devant les pires souffrances. L’anecdote célèbre de la jambe cassée d’Epictète par son maître montre que l’attitude de celui-ci est une chose extérieure qui ne dépend pas d’Epictète. Il ne peut pas l’empêcher, mais sa sagesse lui impose d’accepter cette torture.

Dans Le Manuel d’Epictète, écrit par Arrien de Nicomédie (disciple  d’Epictète), sont regroupées de nombreuses mises en application de comportements et de réactions en fonction de grandes valeurs morales afin d’atteindre le bonheur et la sagesse. Par l’intermédiaire d’aphorismes, les idées d’Epictète sont présentées, la base de sa doctrine étant de ne pas s’occuper de ce qui ne dépend pas de nous, comme la richesse ou le pouvoir. Vouloir changer ces choses apporte forcément le malheur. Il faut se concentrer sur ce que l’on peut contrôler et accepter son impuissance face à ce que l’on ne peut pas contrôler. Il ne faut pas se soucier des autres. Le bonheur ne peut venir que de nous et non pas des autres. Le bonheur est donc le thème principal du Manuel. Il y est expliqué la définition du bonheur et comment on peut le trouver selon Epictète.

Voici quelques citations d’Epictète :

« Ne dis pas : « je fais de la philosophie », dis : « je m’affranchis ». »

«  Je suis Epictète, esclave, estropié, pauvre comme Irus et cependant aimé des dieux »

«  Ce ne sont pas les évènements qui attristent les hommes, mais les jugements qu’ils portent sur eux  »

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