Voici un synthèse de la vie de John Locke, et une présentation de sa pensée, très en avance sur son temps : tolérance, liberté, séparation Eglise et Etat, droit de propriété…
John Locke vient au monde dans un petit village du Somerset, Wrington, le 29 aout 1632. Son père, capitaine au Parlement après avoir été avoué, est ruiné lors de la guerre civile. Cependant, tout porte à croire que cela n’aura pas particulièrement influencé les études du John Locke. En 1646, il est admis à l’école de Westminster avant d’être transféré à la Christ Church d’Oxford en tant qu’étudiant du premier cycle. Il n’est pas particulièrement heureux d’entrer à l’université. Il aurait aimé se consacrer à l’étude de la philosophie de Descartes au détriment de celle d’Aristote, mais faute de choix, il est contraint de se soumettre au programme en vigueur.
En 1659, il obtient une bourse d’études supérieures. Il semblerait que pendant une période de sa vie, il pense se lancer dans une carrière cléricale. En 1665, il entreprend son premier voyage à l’étranger en tant que secrétaire de Sir Walter Vane. En 1666, après avoir obtenu une dispense, il a la possibilité de s’adonner à la science tout en gardant sa bourse d’études. Bien qu’on le sache médecin, on n’a aucune idée de la période durant laquelle il commença ses études. En 1668, il est élu fellow de la Royal Society, en 1675, il est obtient une bourse d’études médicales à la Christ Church.
En 1666, il fait connaissance avec Lord Ashley qui deviendra plus tard comte de Shaftesbury. Cette rencontre aura une incidence totale sur la vie de John Locke. Il devient l’homme de main de son nouveau protecteur et s’occupe, entre autres, d’arranger le mariage de son héritier, tenir compagnie à sa dame ou encore de l’éducation de son fils. En 1672, John Locke est fait secrétaire à la Chambre de commerce. Malheureusement, son protecteur quitte ses fonctions, ce qui met automatique fin à sa carrière politique. John Locke, qui a toujours eu une santé fragile, entreprend de voyager pour l’améliorer, le climat londonien lui étant défavorable.
Il quitte l’Angleterre pour la France et s’installe à Montpellier où il demeurera plusieurs mois. L’esprit vivace, il tient à jour un journal de voyage où il entreprend de noter absolument tout ce qui l’entoure. Il s’agit tant du comportement des gens que des meurs et coutumes. Il revient en Angleterre en 1675, lorsque son protecteur fait à nouveau appel à lui, mais son influence sur la vie de ce dernier est désormais mince. Lorsque Lord Ashley est arrêté, jugé, puis relâché, il préfère fuir tout comme lui pour la Hollande. Mais n’étant pas certain qu’on l’y laissera en paix, il passe le clair de son temps à voyager dans le pays, sous le couvert d’un nom d’emprunt.
Il finira par retourner dans son pays natal une fois qu’il réalisera que ses jours ne sont pas en danger. Entre temps durant son voyage, il aura fait la connaissance de Philipe van Limbroch, un théologien libéral auquel il consacrera une de ses œuvres. De retour en Angleterre, il occupera de nombreuses fonctions, notamment celles de Commissaire d’appel et Commissaire de commerce. Dès 1691, il aménage à Oates, dans la demeure de son amie Lady Masham. Il est par ailleurs profondément estimé par le père de son amie ainsi que par le précepteur du fils de celle-ci. Il restera dans la demeure de son amie jusqu’à son décès. Durant ces derniers années de vie, il aura une correspondance particulièrement abondante avec de nombreux membres du gouvernement, parmi lesquels des ministres du roi. Il jouissait d’une popularité incontestable auprès de bon nombre d’entre eux, qui le considéraient comme un conseiller attentionné et raisonnable. Il s’éteint le 28 octobre 1704.
Dès la fin des années 60 du XVIIe siècle jusqu’à sa mort, il rédigera de nombreuses œuvres, parmi lesquelles on peut citer Essai sur la tolérance, Anatomica et De Arte Medica, qu’il rédigera successivement en 1667, 1668 et 1669. Plus tard, après son retour d’exil, il écrira Lettre sur la tolérance, Essai sur l’entendement humain, ainsi que les Deux traités du gouvernement civil, qui seront notamment publiés en 1689 et 1690. Trois ans plus tard, il écrira Pensées sur l’éducation, Discours sur les miracles, de même que Le christianisme raisonnable.
La perception des libertés et de la liberté aura considérablement évolué au cours des siècles. Durant la période antique, l’homme libre était celui qui pouvait faire exécuter ses tâches par un esclave, tandis que lui se consacrerait à la vie politique de la cité. Petit à petit, la vision change – la religion n’y est par ailleurs pas étrangère – et désormais, l’homme libre est celui qui, tout en gagnant son pain à la sueur de son front et s’enrichissant dans la mesure du possible, n’est pas soumis au joug politique et à la pression des institutions.
En tant que calviniste convaincu, Locke ne s’appuie que sur la doctrine de la création. Cette dernière stipule que les hommes sont tous libres à la création. Par ailleurs, ils obtiennent de la part du divin le droit de défendre leur vie et leurs biens. C’est le droit naturel des individus qui se trouve donc être antérieur à celui de l’institution de la société et par la même occasion du gouvernement. Or, étant donné que les institutions ne se comportent que comme garantes de l’application des lois déjà prises pour mieux gérer le droit naturel, les pouvoirs de celles-ci devraient être limités au maximum.
Il estime également que la vie de la religion ne devrait pas interférer dans la vie de l’État. Il ne s’agit pas de faire disparaître les religions, mais plutôt de les rendre privées. Une fois que la religion ne se limite qu’à la personne qui la pratique, l’État ne peut plus influencer les choix religieux des uns et des autres, les privant ainsi de leur liberté naturelle.
John Locke a également une perception claire de la notion de loi. Celle-ci se doit de régir la vie courante des citoyens, car la liberté sans la loi serait à l’origine de l’anarchie. Cependant, celle-ci ne doit pas pour autant les opprimer. Sa vision libérale et pour le moins moderne s’exprime aisément à la lumière de ces citations :
« Quoiqu’on s’y trompe souvent, le droit n’a pas pour fin d’abolir la liberté ni de l’entraver, mais de la conserver et de l’accroître. Les créatures capables de vie juridique, quelle que soit leur condition, ne sont jamais libres sans lois. La liberté consiste à ne subir ni contrainte ni violence, par le fait d’autrui, ce qui est impossible sans lois ; mais elle ne se définit pas, comme on le prétend, par la liberté pour chacun d’agir à sa guise. Comment être libre, alors que n’importe qui peut vous imposer ses caprices ? Elle se définit comme la liberté, pour chacun, de régler et d’ordonner à son idée sa personne, ses actes, ses possessions et tout ce qui lui appartient, dans le cadre des lois auxquelles il est soumis, donc, de ne pas dépendre du vouloir arbitraire d’un autre, mais de suivre librement le sien propre. » John Locke
« La plus grande et la principale fin que se proposent les hommes lorsqu’ils s’unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement, c’est de conserver leurs propriétés. » John Locke




