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Montaigne

 

Voici une biographie synthétique de la vie de Montaigne, accompagnée d’une brève présentation de son oeuvre.

Biographie de Montaigne

Philosophe, homme politique, penseur, moraliste, Michel Eyquem de Montaigne a vu le jour le 28 février 1533 à Saint-Michel-de-Montaigne. Il est issu d’une famille de négociants assez riche qui, au fil du temps, est parvenue à se faire anoblir.

Montaigne reçoit une éducation hors du commun. Si l’on sait tout l’amour que Montaigne portait à son père, on ne sait que peu des relations qu’il avait avec sa mère. Il n’est pas exclu que celles-ci furent particulièrement chaotiques. Le jeune Montaigne est élevé avec tendresse par son père, qui décide de lui apprendre le latin non pas comme seconde langue comme cela était d’usage, mais comme langue maternelle. À cet effet, il lui engage un précepteur allemand du nom de Horstanus qui ne doit s’adresser à l’enfant qu’en latin.

À 7 ans, il entre au collège de Guyenne, qui a l’une des meilleures réputations de la région. Pour le jeune Montaigne, cette expérience se trouvera hélas être également une des plus traumatisantes. Habitué à être enseigné sans la moindre contrainte, il a de la peine à s’adapter à la discipline drastique et quelques fois cruelle qui lui sera imposée. Il y restera jusqu’à l’âge de 13 ans. Le déroulement de la vie de Montaigne de l’âge de 14 ans à 22 ans, où on le retrouve conseiller à la Cour des aides de Périgueux, est inconnu. Toutefois, vu la fonction qu’il occupe, tout porte à croire qu’il aurait suivi des cours de droit.

De 1556 à 1570, Montaigne occupe les fonctions de Magistrat au Parlement de Périgueux, puis à celui de Bordeaux. Sa fonction l’amène à s’occuper également des questions politiques et Montaigne fréquentera la cour. Cependant, il est trop fier pour devenir courtisan et y faire carrière, d’autant plus qu’il déteste son métier.

En 1557, il fait une rencontre qui restera l’un des meilleurs souvenirs de son existence, celle de La Béotie. Son amitié avec celui-ci fut si grande et profonde que Montaigne eut tout le mal du monde à se remettre de sa mort qui survint quatre ans à peine après qu’ils eurent sympathisé. Pour combler le vide laissé par la disparition de son ami, il se lança dans une succession de liaisons amoureuses, mais finit par se marier en 1565 avec Françoise Léonore de La Chassaigne. De cette union naquirent 6 filles dont une seule atteignit l’âge adulte.

La mort de son père en 1568 lui donne accès à un héritage fort enviable, grâce auquel il peut enfin se débarrasser de sa charge de magistrat. Probablement pour la forme, il demande malgré tout une promotion à la Grand’Chambre. Après s’être fait éconduire, il décide de se retirer sur ses terres et abandonne ses fonctions de magistrat en 1570. Il se lance alors pleinement dans sa carrière d’écrivain. Cependant, le philosophe vit durant une période assez agitée. Les guerres de religion commencent en 1562 et ne prendront fin que trente ans plus tard. Il se trouve donc dans l’obligation sur ordre du roi de prendre part aux hostilités, mais il semblerait qu’il ait été plus diplomate que soldat. Les réalités de la guerre horrifient Montaigne. Élevé dans un esprit humaniste, il a de la peine à vivre au milieu de cette cruauté.

En 1581, contre toute attente et à l’encontre de sa propre volonté, il est élu maire de Bordeaux. Son avis, tout comme son consentement ne sont pas demandés. Il trouve simplement une lettre du roi qui le félicite de son élection en lui faisant par la même occasion comprendre qu’il serait fort contrarié si jamais il venait à refuser. Montaigne n’a pas d’autre choix que d’accepter. Deux ans plus tard, il est reconduit à son poste pour un second mandat de deux ans. Il le quitte soulagé en 1585 alors qu’une épidémie de peste vient à peine de se déclarer dans sa ville.

Montaigne voyage énormément depuis qu’il a quitté ses fonctions de magistrat. Il le fait tant comme diplomate que pour son plaisir personnel. Ces voyages ne sont toutefois pas sans risque. En janvier 1588, il est dévalisé, puis enfermé par des radicaux protestants alors qu’il se rend à Paris. Il ne devra son salut qu’au Prince de Condé. En mai de la même année, il est arrêté, cette fois à Paris, par les autorités de la Ligue, après l’entrée triomphante d’Henri de Guise. Cette fois, il devra son salut à la reine mère. Le philosophe décède dans son château le 13 septembre 1592.

La philosophie de Montaigne  

Montaigne ne rédigea qu’une seule œuvre, mais la portée de celle-ci est telle que son auteur n’a rien à envier aux autres penseurs. Trois thèmes dominent dans sa philosophie. Il s’agit du scepticisme, la nature et la subjectivité. Il est important de comprendre qu’avant toute chose, Montaigne rédige une œuvre personnelle. Il le dit lui-même dans son prélude qu’il est le sujet de son œuvre, mais au même moment, il partage sa vision du monde avec tous ceux que cela pourrait intéresser. Les sujets touchés dans les Essais sont aussi divers que variés : politique, religion, ainsi que l’histoire.

La vision de Montaigne est loin d’être fixe. Elle évolue avec le temps et change par rapport aux situations qu’il est amené à vivre. Il commence son œuvre à la mort de son meilleur ami et le livre est censé être un « tombeau » de cet être cher. Durant cette période, sa perception philosophique stoïcienne est immanquablement liée à sa perte. Mais petit à petit, Montaigne se met à douter. Il ne prétend pas apporter des solutions toutes faites, il exprime juste son opinion par rapport aux évènements dont il est témoin. En analysant son monde, il invite également celui qui le lit à faire de même.

Il s’oppose clairement au dogmatisme tant de la religion, l’éducation, que de la science ou la philosophie. Probablement en souvenir à l’éducation que lui aura donnée par son père, il se présente comme le défenseur d’un enseignement plus souple et moderne où on laissera à l’enfant la possibilité de développer lui-même ses facultés en lui donnant uniquement les connaissances qui lui seront utiles.

Malgré son éducation catholique, Montaigne est le premier philosophe de son époque qui fait preuve d’un raisonnement purement critique et surtout laïque. Il s’oppose, par exemple, aux massacres des amérindiens par les Espagnols et défend la tolérance religieuse. Certaines citations comme celles-ci donnent une idée de la grandeur d’esprit de l’homme :

« Qui apprendrait aux hommes à mourir, leur apprendrait à vivre. » - Montaigne

« J’accuse toute violence en l’éducation d’une âme tendre, qu’on dresse pour l’honneur, et la liberté. Il y a je ne sais quoi de servile en la rigueur, et en la contrainte : et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence, et adresse, ne se fait jamais par la force. » - Montaigne

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