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Thomas d’Aquin, philosophe et théologien

 

Nous vous présentons la biographie commentée de Saint Thomas d’Aquin, accompagnée d’une synthèse des traits principaux de sa pensée.

Sa biographie

La personnalité de Thomas d’Aquin est assez compliquée à saisir et la raison de cette complexité est assez simple. Trois pôles apparaissent sous le même personnage. Il s’agit notamment du saint, du philosophe et du théologien.

Tommaso d’Aquino naît en 1224 ou en 1225 dans le royaume de Naples, au château de Rocca-Serra. Sa famille, qui appartient à la vieille noblesse, a des liens de avec plusieurs familles royales. Toutefois, contrairement à de nombreuses autres dans la même situation qu’elle, la famille de Thomas d’Aquin ne s’implique pas dans la course au pouvoir et se contente de ses avoirs.

Très jeune, il est confié aux bénédictins dont le monastère se trouve à quelques pas du château familial. Il y est élevé comme oblat (enfant confié pour son éducation à un monastère). Il ne fait alors aucun doute que sa famille nourrissait certainement le désir de le voir accéder à de hautes fonctions ecclésiastiques un jour. En 1239, il est contraint de quitter le monastère suite à l’expulsion des moines. Il est alors envoyé à l’université de Naples, pour poursuivre ses études. 1244 marque une certaine cassure, tout au moins momentanée, dans les relations que le jeune Thomas d’Aquin a avec sa famille. Il décide d’entrer chez les dominicains, ce qui n’est pas pour plaire à sa famille puisqu’il s’agit d’un ordre mendiant.

Après avoir entrepris vainement toutes les démarches possibles pour l’en faire sortir, sa mère décide de prendre la situation en main toute seule. Avec l’aide de ses fils Raynald et Landolphe, elle le fait enlever, puis enfermer au château du Mont Saint-Jean, dans l’espoir qu’il finira par retrouver la raison. Ni la force, ni la douceur ne le feront fléchir. Après une longue détention, les membres de son ordre décident de porter plainte contre sa famille. Ils s’adressent au pape Innocent qui adresse la plainte de l’ordre à l’empereur Frédéric. Celui-ci exige à sa famille de le libérer immédiatement. Les d’Aquin ne voulant pas perdre la face, mais ne pouvant pas se soustraire à la volonté de l’empereur, finissent par trouver un arrangement avec les dominicains. Il est décidé que ceux-ci iraient le « sauver » dans la nuit. Thomas d’Aquin sera ainsi descendu dans un panier de la tour dans laquelle il était enfermé, avant d’être remis à sa congrégation.

En 1248, il part pour Cologne avec Albert le Grand, il y fera ses études jusqu’en 1252. Il est ordonné prêtre en 1250-51. Thomas d’Aquin est un étudiant assez taciturne, il s’isole constamment de ses camarades, préférant « converser avec Dieu ». Cette attitude lui vaudra de la part de ceux-ci le sobriquet de « bœuf muet ». En 1252, il commence à enseigner à l’université de Paris, il y restera jusqu’en 1259. Puis, il part pour Rome où il sert tant au couvent dominicain Sainte-Sabine que dans la curie pontificale en tant que maître-régent.

En 1268, il quitte l’Italie pour rentrer à Paris. Il devra faire face à plusieurs conflits particulièrement violents. Ses opposants s’élèvent entre autres contre les largesses accordées aux ordres mendiants, mais également aux règles de vie desdits ordres. À cette époque, la réputation de Thomas d’Aquin est tellement grande qu’il ne peut s’écarter des querelles. Son avis est constamment sollicité.  En 1272, il doit une fois de plus retourner en Italie pour fonder une maison d’études pour les membres de son ordre. À partir de 1273, d’après certains témoins, il entre dans une espèce de mutisme dans lequel il demeurera pendant près d’une année. Il s’éloigne de tout et tous, même des êtres les plus chers. En 1274, il est personnellement prié par le pape Grégoire X de se rendre à Lyon pour assister au concile. Il s’exécutera, mais n’y arrivera jamais.  Malade, il est contraint de s’arrêter à l’abbaye de Fossa-Nova. Il y décédera le 7 mars 1274.

La réputation de Thomas d’Aquin durant sa vie fut telle qu’on le surnomma « Docteur angélique ». Il n’est donc pas surprenant qu’après sa mort, la décision de le canoniser fût rapidement prise. Les cérémonies se déroulèrent en 1323, au palais pontifical, en présence du roi de Naples et son épouse. Elles eurent lieu en même temps que celles d’un autre de ses contemporains, Louis d’Anjou. Au XVIe siècle, plus précisément en 1567, Thomas d’Aquin est proclamé Docteur de l’Église.

Son œuvre 

Pour comprendre l’œuvre de Thomas d’Aquin, il convient certainement de s’intéresser de plus près à celle d’Aristote. Thomas d’Aquin aura en effet jusqu’au bout tenter d’allier la pensée de celui-ci à sa foi chrétienne et ceci, même quand les pensées du philosophe grec s’écartaient de ses convictions. Cependant, il serait erroné de ne voir en Thomas d’Aquin qu’un vulgaire « scribe ». Il y a une vision qui lui est bien personnelle.

Pour bien la saisir, il convient d’essayer de voir toute la difficulté qu’il y a à allier deux notions qui à première vue ne peuvent pas aller de paire. Il s’agit de la foi et de la raison. L’antagonisme évident de ces deux notions est tel que très souvent de nombreux théologiens et philosophes en étaient arrivés à faire passer l’une avant l’autre ou tout au moins à privilégier la prévalence de l’une sur l’autre. Ces tentatives avaient donné naissance à deux visions qui restent d’actualité de nos jours. Il s’agit du mysticisme et du rationalisme religieux.

La vision mystique peut être aisément résumée par la pensée de Maitre Eckart : « Toutes choses ont un pourquoi, Dieu n’a pas de pourquoi ». Le rationalisme religieux ardemment prôné par Thomas d’Aquin présente la chose sous un autre angle. Ni la foi, ni la raison ne saurait dominer, pour la simple raison que l’une sans l’autre ne peut pas exister. Cela implique que l’on ne vient à la foi qu’après que la raison ait réalisé de manière tout à fait naturelle qu’il était impossible de faire autrement.

Thomas d’Aquin présente de ce fait la croyance en Dieu, comme logiquement évidente pour quiconque est en état de raisonner. L’absence ou le manque de foi se trouve donc, par déduction logique, n’être que la démonstration d’une incapacité de réflexion. C’est une perception sur laquelle repose certains courants religieux monothéistes de nos jours. Il ne fait aucun doute que Thomas d’ Aquin aura eu une influence considérable non seulement sur ses contemporains, mais également sur la postérité.

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