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L’explication de texte philosophique au bac

Vendredi 22 avril 2011

Comment réussir un commentaire de texte de philo au Bac ?

L’explication de texte philosophique au bac en 4 points

Par Damien Theillier

Expliquer ce n’est pas répéter le texte, c’est le clarifier, c’est passer de l’implicite à l’explicite, c’est identifier les difficultés du texte pour les résoudre.


1° Introduction
Il s’agit, dans l’introduction, de présenter le texte. Comme toujours en philosophie, vous devez commencer par énoncer la question philosophique qui commande le texte. Mais l’opération principale consiste à donner la thèse, c’est-à-dire l’idée essentielle du texte ou la réponse de l’auteur à la question. Il faut donc résumer le texte en une ou deux phrases, en donner la « substance ». L’introduction doit aussi comporter le plan du texte.

Conseil : Pour le plan, donnez le numéro des lignes et un titre pour chaque partie. En introduction, ne vous livrez en aucun cas à des considérations générales sur l’auteur ou l’époque. Entrez immédiatement dans le vif du sujet, il faut surtout éviter les formules génériques telles « de tous temps les hommes… » notamment pour l’accroche.


2° Première partie : Analyse
Dans la première partie du devoir, il est demandé de faire une analyse linéaire qui consiste à dégager le sens du texte, la signification des concepts-clé et l’argumentation de l’auteur.

Conseil : Ne vous contentez pas de répéter le texte avec des mots différents. Pour éviter la paraphrase, il faut faire l’hypothèse d’un sens caché au-delà du sens apparent et se donner pour mission de le dévoiler.


3° Seconde partie : Intérêt philosophique et débat.
Dans la seconde partie, il s’agit de discuter de la thèse du texte pour en dégager l’intérêt. Vous devez alors engager un débat afin de justifier sa pertinence ou de la nuancer, en la confrontant à d’autres réponses possibles.

Exemples : Un texte de Rousseau sur la comparaison du langage humain et du langage animal engage des débats très actuels entre philosophes et scientifiques. Pensez aux études de Karl Von Frisch sur le langage des abeilles, pensez aux expériences des Gardner pour apprendre le langage des sourds-muets à la guenon Washoe. Enfin, rappelez-vous aussi que Rousseau a eu des précurseurs sur cette question : Aristote, Descartes…

Concernant la seconde partie d’une explication de texte, il faut toujours avoir en vue d’éclairer le texte par une discussion autour de sa thèse. L’erreur la plus fréquente, c’est de réciter son cours ou de copier des généralités sur le thème du texte. On peut faire des comparaisons avec d’autres auteurs mais il faut toujours les raccrocher au texte.


4° Conclusion
Il s’agit de faire un bilan critique de l’explication et de l’intérêt en insistant sur ce que l’auteur nous a aidé à comprendre.


Voici de façon plus détaillée le plan exact ce qu’il faut faire :

1° Introduction:
a) Donner le projet de l’auteur. S’agit-il de définir, de distinguer, de démontrer, de réfuter, de répondre, de décrire, …
b) Donner le thème du texte.
c) Formuler la question explicite ou implicite à laquelle le texte répond.
d) Donner la réponse : Quel est la thèse de l’auteur ?
e) Plan linéaire du texte

2° Première partie, explication
Vous devez dans cette première partie :
a) expliquer le sens philosophique des concepts utilisés par l’auteur en fonction du contexte. Un concept prend sens par rapport à d’autres concepts présents dans le texte
b) suivre la logique interne du texte, en vous posant la question de savoir pourquoi, comment, dans quelles mesures et en vue de quoi l’auteur passe-t-il de telle idée à telle autre.
c) analyser chaque idée en vous posant la question de savoir pourquoi, comment et en vue de quoi cette illustration, cette allusion, cette répétition, cette référence, ce commentaire, cet exemple, cet article défini, cette majuscule, ce point d’exclamation …

3° Seconde partie, intérêt philosophique en référence à la problématique
Vous devez dans cette seconde partie débattre de l’intérêt philosophique du texte :
a) Rappeler la problématique
b) Justifier la thèse (soyez l’avocat de l’auteur)
c) pousser à l’extrême cette thèse afin d’en montrer les limites ou les paradoxes
d) mettre en perspective critique la thèse de l’auteur dans la tradition philosophique
e) discuter les présupposés

4° Conclusion
Rappeler brièvement la thèse du texte et montrer ce que ce texte nous a permis de d’apprendre en termes de problématique, d’arguments, de concepts. Insister sur l’originalité de l’auteur, sa pertinence et son actualité (même si c’est un auteur très ancien).

Grille de correction du professeur :

Le correcteur va vérifier dans votre copie que :
Le problème et la thèse sont dégagés
La progression logique de la pensée est bien montrée
La paraphrase est limitée au strict nécessaire (amorce d’une explication)
L’enjeu philosophique du texte (sa portée) est dégagé
Les concepts importants sont définis
Les connaissances sont utilisées sans être récitées
Le texte est cité.

Bon courage !

Comprendre un auteur : Pascal

Lundi 28 février 2011

Pascal : le juste et l’injuste

Nous vous présentons aujourd’hui un autre commentaire de texte, de Pascal, et son extrait complet.

Comment comprendre la philosophie de Pascal ?

Nous nous attachons à saisir sa vision de la justice, du juste et de l’injuste. L’auteur des Pensées a développé une vision de trois ordres, et de « grandeurs naturelles » face aux « grandeurs d’établissement », expliquées par ce commentaire de texte.



1° Les trois ordres (Les Pensées)

Pascal, dans ses Pensées, distingue l’ordre des corps, l’ordre des esprits et l’ordre de la charité. “La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité.”

Chaque ordre a son éclat en lui-même, sa propre perfection et n’a pas besoin des grandeurs d’un autre ordre. Les grands génies n’ont pas besoin des grandeurs charnelles, ni les saints des grandeurs charnelles et intellectuelles. Il n’y a donc aucune proportion ni aucun rapport entre les trois ordres. Une augmentation de puissance ne donne pas la science ni la sainteté. Autonomie et incommensurabilité. “De tous les corps ensembles, on ne saurait en faire réussir une petite pensée.

Cependant on peut y voir une hiérarchie, qui n’est pas de pouvoir mais de perfection. Archimède ne peut commander à Alexandre, ni l’inverse.

Ainsi dans la Préface sur le traité du vide, Pascal refuse au théologien le droit de régner sur le savant. Au contraire chez Platon les trois ordres sont subordonnés dans une relation d’autorité et de dépendance.

Chez Pascal, ce n’est pas l’inversion des ordres mais leur confusion qui est le principe de l’injustice et en particulier de la tyrannie. Dans les Pensées, fragment 332-58 (Justice), Pascal précise : “La tyrannie consiste au désir de domination universel et hors de son ordre (…) La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre.



2° Grandeurs naturelles et grandeurs d’établissement (Trois Discours sur la condition des grands)

Les hommes, nous dit Pascal dans les Trois Discours sur la condition des grands, se distinguent entre eux de deux manières :

• selon les qualités réelles de l’esprit ou du corps (ordre naturel)
• selon l’institution de rangs sociaux, de titres et de préséances (ordre instituté)

Pascal les nomme : « grandeurs naturelles » d’une part, « grandeurs d’établissement » d’autre part.

Les grandeurs naturelles sont des qualités comme la science, la vertu ou la force. Les respects naturels qui s’y rapportent consistent dans l’estime.
Les grandeurs d’établissement dépendent des conventions, elles sont arbitraires et variables : ce sont les dignités attachées à certain états : la naissance ou la richesse.

La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Ainsi il est juste de respecter les premières, selon leur ordre : en leur accordant l’estime qu’elles méritent.
Il est juste également de respecter les secondes, selon leur ordre : en leur accordant la simple « cérémonie extérieure » ou protocole qu’exige l’ordre social.

L’injustice consiste à confondre les deux ordres de grandeur qu’il aurait fallu distinguer, à exiger par exemple de l’institution sociale le respect qu’on ne doit qu’au mérite ou à ne pas reconnaître le prestige de l’institution sous prétexte qu’il est immérité. Il est bon de respecter l’ordre institué, mais il ne faut pas le confondre avec l’ordre naturel.

Damien Theillier

A propos de la méthode de l’explication de texte

Samedi 2 janvier 2010

Une élève qui progresse avec notre Cours de Philosophie nous a envoyé un message avec une question précise portant sur la méthode du Bac de philo. Damien Theillier lui a répondu. Avec leur accord, nous publions ici un résumé de leur échange de mails :


Monsieur,

J’ai commandé et reçu votre méthode (dont j’apprécie grandement l’approche !) il y a quelques jours, et souhaiterais vous poser quelques questions concernant la méthode du commentaire de texte philosophique.

Pour commencer, il faut savoir que mon professeur de philosophie nous a vivement déconseillé, contrairement à vous, d’opter pour le commentaire de texte dans le cadre d’un examen. Il considère que le sujet est trop ardu pour des élèves de terminale et le présente comme une sorte de piège pour le lycéen (avoir un support ne rend pas l’étude plus facile). Pour lui, et je le cite, « commenter un mot, ou une phrase est déjà compliqué ; imaginez-vous avec un texte d’une vingtaine de lignes ! ». Je pense pour ma part que cette vision est assez arrêtée ; il me semble évident que l’on n’aborde pas un texte comme un terme ou une phrase. Mais dans un sens, je peux plus ou moins comprendre son point de vue si nous considérons son cours, structuré par notions, comme étant notre seul bagage !

Ensuite, avant de connaitre l’existence de votre méthode, j’empruntais le cours de méthodologie d’une amie (nous avons des professeurs différents), qui exclut formellement l’étude linéaire d’un texte. D’après lui, « si l’étude suit bien l’avancée de l’argumentation de l’auteur, elle exclut une étude tout à fait linéaire », et quelques paragraphes plus loin, le cours nous met même en garde contre « l’abus des citations, parfois mal à propos ».

Pourriez-vous me donner votre avis quant à ces deux cas ci-dessus, et me dire si vous entendez le point de vue de ces professeurs ?

En vous remerciant de votre attention,

Anaïs


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Bonjour Anaïs et merci pour votre confiance

Il est vrai que beaucoup de profs recommandent à leurs élèves de ne pas prendre l’explication de texte. Raison de plus pour choisir ce type d’épreuve : c’est faire preuve d’audace et d’originalité. Les correcteurs apprécient. Par ailleurs, cette recommandation de ne pas prendre l’explication au Bac de philo n’est justifiée que si le niveau de culture philosophique est faible. En théorie, la connaissance de l’auteur n’est pas requise pour expliquer un texte. Mais en pratique si on connait l’auteur, c’est beaucoup plus facile. De plus l’exercice n’est pas difficile si on a bien assimilé la méthode.

Une explication de texte en philosophie est toujours linéaire. Mais cela ne veut pas dire qu’on va faire de la paraphrase. Il faut partir du texte (citation d’une phrase) puis l’expliquer, c’est-à-dire montrer le sens philosophique des termes utilisés par l’auteur ainsi que le sens global de la phrase. Il faut mettre en valeur le non-dit, l’implicite. L’intérêt philosophique peut venir après l’étude linéaire mais on peut aussi l’incorporer à l’étude linéaire. Personnellement je recommande de le mettre dans une seconde partie, séparée de l’étude linéaire, pour éviter la confusion. Mais il n’y a pas de règle absolue là-dessus.

Concernant les citations, il y a une règle simple : « Ne jamais citer sans expliquer ». Cela est valable en dissertation comme en explication de texte. Sinon on fait de la paraphrase et de la poudre aux yeux !

Bon courage.

D. Theillier