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Comprendre un auteur : Pascal

Lundi 28 février 2011

Pascal : le juste et l’injuste

Nous vous présentons aujourd’hui un autre commentaire de texte, de Pascal, et son extrait complet.

Comment comprendre la philosophie de Pascal ?

Nous nous attachons à saisir sa vision de la justice, du juste et de l’injuste. L’auteur des Pensées a développé une vision de trois ordres, et de « grandeurs naturelles » face aux « grandeurs d’établissement », expliquées par ce commentaire de texte.



1° Les trois ordres (Les Pensées)

Pascal, dans ses Pensées, distingue l’ordre des corps, l’ordre des esprits et l’ordre de la charité. “La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité.”

Chaque ordre a son éclat en lui-même, sa propre perfection et n’a pas besoin des grandeurs d’un autre ordre. Les grands génies n’ont pas besoin des grandeurs charnelles, ni les saints des grandeurs charnelles et intellectuelles. Il n’y a donc aucune proportion ni aucun rapport entre les trois ordres. Une augmentation de puissance ne donne pas la science ni la sainteté. Autonomie et incommensurabilité. “De tous les corps ensembles, on ne saurait en faire réussir une petite pensée.

Cependant on peut y voir une hiérarchie, qui n’est pas de pouvoir mais de perfection. Archimède ne peut commander à Alexandre, ni l’inverse.

Ainsi dans la Préface sur le traité du vide, Pascal refuse au théologien le droit de régner sur le savant. Au contraire chez Platon les trois ordres sont subordonnés dans une relation d’autorité et de dépendance.

Chez Pascal, ce n’est pas l’inversion des ordres mais leur confusion qui est le principe de l’injustice et en particulier de la tyrannie. Dans les Pensées, fragment 332-58 (Justice), Pascal précise : “La tyrannie consiste au désir de domination universel et hors de son ordre (…) La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre.



2° Grandeurs naturelles et grandeurs d’établissement (Trois Discours sur la condition des grands)

Les hommes, nous dit Pascal dans les Trois Discours sur la condition des grands, se distinguent entre eux de deux manières :

• selon les qualités réelles de l’esprit ou du corps (ordre naturel)
• selon l’institution de rangs sociaux, de titres et de préséances (ordre instituté)

Pascal les nomme : « grandeurs naturelles » d’une part, « grandeurs d’établissement » d’autre part.

Les grandeurs naturelles sont des qualités comme la science, la vertu ou la force. Les respects naturels qui s’y rapportent consistent dans l’estime.
Les grandeurs d’établissement dépendent des conventions, elles sont arbitraires et variables : ce sont les dignités attachées à certain états : la naissance ou la richesse.

La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Ainsi il est juste de respecter les premières, selon leur ordre : en leur accordant l’estime qu’elles méritent.
Il est juste également de respecter les secondes, selon leur ordre : en leur accordant la simple « cérémonie extérieure » ou protocole qu’exige l’ordre social.

L’injustice consiste à confondre les deux ordres de grandeur qu’il aurait fallu distinguer, à exiger par exemple de l’institution sociale le respect qu’on ne doit qu’au mérite ou à ne pas reconnaître le prestige de l’institution sous prétexte qu’il est immérité. Il est bon de respecter l’ordre institué, mais il ne faut pas le confondre avec l’ordre naturel.

Damien Theillier