Voici un corrigé de philosophie gratuit, écrit par notre professeur Damien Theillier. Ce n’est pas exactement le format d’une dissertation de philo : les idées principales sont énumérées, les titres des parties sont apparents, mais c’est tout le corps, la chair de la dissertation idéale sur ce sujet. Ce corrigé gratuit de philo vient avec les remarques d’Augustin Celier, pour clarifier certains passages complexes de la dissertation de philo dans une approche élève à élève.
N’y a-t-il de vérité qu’en science ?
Sujets apparentés
- Les sciences satisfont-elles notre désir de vérité ?
- Ne doit-on tenir pour vrai que ce qui est scientifiquement prouvé ?
Problématique
L’analyse du sujet doit nous conduire à repérer d’emblée quelques orientations.
- D’abord la question présuppose qu’il y a une vérité en science. Quelle est sa nature ? Le concept de vérité indique traditionnellement un rapport de conformité entre la pensée et la réalité. Or la science recherche une connaissance rationnelle et objective de cette réalité. Elle prend donc comme critère de vérité la vérification expérimentale et utilise pour cela la mesure mathématique, source de rationalité.
Autrement dit, si la science prétend à une vérité, c’est une vérité établie au travers de la vérification face à l’expérience, en utilisant les mathématiques. Cette vérité scientifique est censée correspondre à la réalité.
- Ensuite, le “ne…que” suggère l’hypothèse d’une vérité autre que scientifique contre la prétention de la science à détenir seule la vérité. On peut penser par exemple à la philosophie, à la morale ou à la religion. Mais peut-on accéder à une quelconque certitude ou objectivité dans ces domaines ? Y a-t-il une vérité de l’intuition ou de l’affectivité ? La difficulté sera ici de faire droit à des vérités non-scientifiques sans pour autant renoncer à l’idéal de rationalité qui constitue l’idée de vérité.
Seule la science peut-elle donner la vérité ? Le problème, c’est que la sortie de la rationalité n’est pas possible en philosophie : une vérité non-scientifique doit rester rationnelle
- Nous sommes donc enfin en mesure de reformuler le problème. La science est forte de ses succès mais en revendiquant le monopole de la vérité, ne devient-elle pas totalitaire ? Par ailleurs quel statut accorder au savoir immédiat et à la croyance ? Y a-t-il aussi une vérité de la conscience et à quelles conditions ?
Avec cette problématique, Damien Theillier peut élaborer trois parties qui forment le cheminement de la dissertation de philosophie : 1. Oui, il n’y a de vérité qu’en science, c’est le positivisme ; 2. Non, la science n’est même pas entièrement capable de donner la vérité (Popper, des vérités relatives, réfutables, à remettre en cause; et Bergson et l’intuition) ; 3. La science n’est pas seule dans l’élaboration de vérités, le savoir immédiat issu de la conscience couplé à la raison peut former d’autres vérités, philosophiques.
Scientisme et positivisme
“Il n’y a de science que du mesurable” affirmait Galilée au XVIIème siècle, permettant ainsi une connaissance rigoureuse des faits empiriques. En substituant la méthode expérimentale aux approximations de la perception sensible, la science pouvait accéder désormais à la vérité c’est-à-dire à une connaissance certaine et objective de la réalité. Depuis, les progrès incontestables de la science ainsi que ses formidables applications techniques dans les domaines de l’industrie et de la médecine accréditent encore l’idée qu’il n’y a d’autre vérité que la vérité scientifique.
C’est ainsi qu’au XIXème siècle s’est développé le scientisme, qui identifie le vrai avec ce qui est scientifiquement prouvé. Auguste Comte, fondateur du positivisme, se rattache à ce courant de pensée. En effet, sa loi des trois états (Cours de philosphie positive) relègue l’état théologique et l’état métaphysique aux âges de l’enfance et de l’adolescence de la pensée. Les croyances en Dieu ou en l’âme lui apparaissent comme des fictions de l’imagination. L’état positif est l’état de l’esprit qui a renoncé à ces fictions pour s’attacher aux lois de la nature, c’est l’âge adulte de la pensée, l’âge de la science moderne. Le positivisme c’est donc la philosophie qui identifie la vérité avec les faits observables (c’est le sens du mot positif) et qui récuse toute autre forme de vérité.
Cependant l’épistémologie contemporaine a beaucoup remis en cause les certitudes quelques peu naïves du siècle passé en mettant l’accent sur la fragilité des vérités scientifiques.
Critique des prétentions totalitaires de la science
L’épistémologie nous montre que les théories scientifiques, loin de nous livrer la réalité en son essence, sont des constructions de l’esprit à l’aide d’abstractions mathématiques. Elles ne peuvent tout au plus fournir que des conjectures et non des vérités définitives. Ainsi Karl Popper a montré qu’une théorie ne peut jamais être totalement vérifiée car une nouvelle expérience est toujours susceptible de contredire la précédente. Par contre une seule expérience suffit pour réfuter définitivement une théorie. Les vérités scientifiques ne sont donc que des erreurs en sursis, elles ont une durée de vie limitée et il faut en finir avec l’illusion d’une suprématie de la science sur toute autre forme de savoir.
C’est aussi ce que montre Bergson à propos du temps dans son Essai sur les données immédiates de la conscience. La science traite ce dernier en termes de succession d’instants fixes et immobiles comme des points sur une ligne, de façon à pouvoir le mesurer. Mais l’essence du temps, nous dit Bergson, c’est de passer, de durer, de se dérouler dans une continuité indivisible. Or la science, en réduisant le temps à des instants mathématiques qui ne durent pas et sont juxtaposés les uns aux autres, est incapable de saisir la véritable réalité du temps. Pire, elle dénature le temps en le spatialisant. Dès lors se trouve réhabilitée une autre forme de savoir que la science, capable d’appréhender la durée mais aussi la réalité de l’esprit comme celle de la liberté, que Bergson nomme l’intuition et qui correspond à l’expérience intérieure et immédiate de la conscience.
Réhabilitation des vérités de la conscience
Descartes nous a appris dans son Discours de la Méthode à considérer le cogito comme une vérité certaine et indubitable. Il s’agit bien d’une vérité que chacun peut éprouver au moyen du doute méthodique mais il s’agit d’une vérité métaphysique, qui relève de l’intuition et finalement du vécu de la conscience. A la suite de Descartes, le courant de la phénoménologie au XXème siècle, s’est employé à réhabiliter ce vécu. Merleau-Ponty fait ainsi remarquer que toute science présuppose, bien qu’elle l’occulte, un tel vécu: “Tout l’univers de la science est construit sur le monde vécu et si nous voulons penser la science elle-même avec rigueur, en apprécier exactement le sens et la portée, il nous faut réveiller d’abord cette expérience du monde dont elle est l’expression seconde.” (Avant-propos de la Phénoménologie de la perception) Au fond il nous rappelle que le savant est d’abord un homme et que celui-ci ne peut faire de la géographie ou de l’astronomie que parce qu’il sait déjà ce qu’est une forêt, une rivière ou une étoile. Ce savoir immédiat qui forme la base des vérités scientifiques peut aussi fonder un certain nombre de vérités philosophiques sur l’homme, le monde ou Dieu pourvu que ces vérités soient contrôlées par le raisonnement et ne prétendent jamais être définitives ou absolues.
Damien Theillier.








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Tous les conseils pour réussir facilement au bac de philo 2010
Mercredi 12 mai 2010L’esprit général de l’épreuve
La philosophie en terminale peut se définir en référence à Socrate comme « art du questionnement« . Il ne faut jamais oublier que la sagesse commence avec cette fameuse formule de Socrate dans l’Apologie : « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien. » Cela signifie que l’élève devient philosophe lorsqu’il commence à s’interroger, à s’étonner des choses les plus banales et les plus évidentes. Merleau-Ponty résume la méthode socratique en une phrase : « Ce qui fait le philosophe, c’est le mouvement qui reconduit sans cesse du savoir à l’ignorance, de l’ignorance au savoir. » En clair, toute réponse doit provenir d’une question préalable mais toute réponse doit aussi donner lieu à de nouvelles questions et ainsi de suite…
Les sujets du bac et la notation
1) Les sujets
Ce n’est pas un scoop, chaque année les sujets les plus souvent proposés concernent les thèmes suivants : la liberté, l’Etat, et la justice. Cela ne doit pas vous inciter à faire des impasses car tous les thèmes du programme sont reliés entre eux. Ainsi, on ne peut traiter de l’Etat sans parler du droit, de la justice, de la violence, des échanges ou de l’histoire. De même, on ne peut parler de la liberté sans aborder la question des passions, d’autrui, de la raison, du travail et de la technique, etc.
Cependant, il est possible d’esquisser schématiquement un plan-type pour chacun de ces thèmes. Il faudra veiller à l’adapter en fonction du sujet.
a) La liberté
- opinion commune : la liberté comme absence de contrainte (liberté-indépendance)
- critique de cette opinion : La vie biologique et la vie sociale exigent des lois. (liberté-indépendance = licence)
- sens philosophique de la liberté : l’obéissance à une loi reconnue comme raisonnable (liberté-autonomie)
b) L’Etat
- libéralisme : seul un « Etat-minimal » permet l’épanouissement des libertés individuelles
- socialisme : seul un « Etat-maximal » permet de réduire les inégalités
- Réconcilier liberté et justice suppose un « Etat-modéré », compromis entre la contrainte du pouvoir et l’exercice de la responsabilité individuelle.
c) La justice
- la justice comme convention sociale arbitraire (le droit positif)
- la justice comme loi morale universelle (le droit naturel)
- Il est impératif de référer tout droit positif au droit naturel pour éviter l’arbitraire et le despotisme.
2) Les notes
Nous proposons ici une grille de notation sur la base des consignes données par les inspecteurs
a) La dissertation
- de 0 à 5 : Hors-sujet résultant d’une absence de lecture précise de l’énoncé du sujet. Absence de questionnement philosophique
- de 6 à 9 : Problématisation et éléments d’argumentation mais manque de cohérence dans la pensée.
- de 10 à 13 : Démarche progressive et raisonnée, travail d’analyse des notions. Références précises à des textes philosophiques.
- éléments de survalorisation : culture philosophique bien intégrée et maîtrisée. Maturité dans la réflexion personnelle.
b) L’explication de texte
- de 0 à 5 : Hors-texte, contre-sens grave.
- de 6 à 9 : Compréhension correcte du texte et repérage des articulations mais tendance à la paraphrase.
- de 10 à 13 : Analyse philosophique des concepts et exposé correct des enjeux.
- éléments de survalorisation : culture philosophique, capacité de resituer le texte dans la « tradition philosophique » et dans une réflexion personnelle pertinente.
Ce qui a le don d’énerver le correcteur
- Les platitudes et accumulations de banalités
- Les discours militants et moralisateurs
- Les pots-pourris de citations
- Les références philosophiques allusives
- Les corrigés de bac appris par cœur et recrachés
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